Le cousinage, c’est vraiment plaisant !

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Au Niger, le répertoire des histoires et railleries entre cousins est bien garni. Des anecdotes, on en trouve des plus belles et des très cocasses. Comme celle-là qui met en scène ce vieux muezzin Bagobiri (oui, on en trouve !…) qui, se rendant à la mosquée à l’aube pour l’appel de la prière, a été soumis à une rude épreuve de course-poursuite devant un de ces bourricots espiègles qui courrait vers lui dans la pénombre. En effet, Bagobiri lui était déjà hanté par la peur d’une méchante hyène qui rôdait autour du village où elle avait pris la fâcheuse habitude de perpétrer des attaques éclair contre les petits ruminants. L’histoire raconte que ce jour-là, notre ‘’Bagobiri Imam’’, très effarouché et exténué, n’a guère appelé les fidèles pour la prière du Fajr.

Ou encore cette histoire mille fois racontée, amplifiée et enrichie en milieu Djerma à propos de ce Touareg qui, poussé par la curiosité, est venu se pencher à la margelle d’un de ces profonds puits du Zigui (région de Dosso), histoire d’en mesurer la profondeur. Le ‘’karambani’’ de Aghaly tourna au drame quand sa gibecière contenant toute sa fortune glissa de la poche supérieure de son boubou pour dégringoler vers le fond inaccessible du puits. Tétanisé et désemparé, le malin Aghaly, réalisant qu’il venait de perdre son argent à jamais, se mit à crier : ‘’saddakâ ! …saddakâ !…’’. Comme pour dire que, cet argent perdu, il en faisait aumône à la veuve et à l’orphelin, dans l’espoir que Dieu le lui vaudra en ce bas monde ou dans l’au-delà. Mais qui est dupe !

Et celle-là encore qui met en exergue le caractère bouillonnant de Maïga. L’anecdote raconte qu’un jour, Maiga monta subitement et sans raison sur ses grands chevaux en menaçant de récupérer le lopin de terre qu’il avait prêté à l’enseignant du village, un cousin Bagobiri. Après maintes supplications restées vaines, sa propre épouse, une cousine du Zarmaganda, a dû échafauder un plan béton en complicité avec un autre cousin touareg, qui devait se déguiser en génie pour dissuader l’impétueux Maïga. C’est ainsi qu’il fut pourchassé du champ en litige par le ‘’méchant génie’’. L’ayant pourchassé jusque dans sa cour, le prétendu génie demanda à sa femme Leyanna de lui dire son nom. Et quand elle prononça Leyhana, le ‘’génie’’ répondit qu’elle a réellement de la chance car étant l’homonyme de sa belle-mère. A son tour, notre désormais dégonflé Maiga, qui s’est entre temps déguisé en femme, affirma qu’il s’appelait également Leyhanna. Epargné, il jura aussi de renoncer à son projet de retrait du champ à son cousin Magobiri. Le feuilleton définitivement clos !…

Et qu’en est-il de cette autre qui raconte qu’un policier Kanuri, en faction à poste de contrôle routier, a menacé de verbaliser un chauffeur de véhicule de transport en commun pour avoir commis le ‘’délit d’imprudence’’ de prendre dans la même cabine un Peulh et un Maouri, deux cousins qu’il jugeait ‘’ingérables’’. Des histoires comme celles-ci, il y en a encore tant d’autres. En plus du rire, elles sont la preuve de toute la vivacité des liens solides de la parenté à plaisanterie, ce véritable ciment de la fraternité et de l’unité entre les Nigériens.

Source: Assane Soumana

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