Echange avec le chanteur et flûtiste du groupe culte Mamar Kassey

Au Niger, Mamar Kassey jumelle acoustique moderne et sonorité traditionnelle et le tout donne une musique hors du commun. Découvrez notre échange avec le chanteur et flûtiste du groupe culte.

1-Qui est Yacouba Moumouni

J’étais un petit berger né dans un petit village qui s’appelle Tondi Goungou dans le département de Téra. Orphelin de père et élevé par mon frère et sa femme maissuite à leurs multiples maltraitances et injustices, j’ai décidé de m’enfuir. Arrivé à Niamey, après un long trajet effectué à pied, je survivais de petits travaux et dormais sur un banc en bois. J’ai ensuite été  recueilli par la chanteuse Absatou Danté, chez qui j’ai travaillé comme boy pendant 17ans et c’est là aussi que j’ai appris la chanson. Par un heureux hasard, j’ai joué pour son groupe lors d’une présentation et tout à commencer à partir de là. Mais assailli de doutes je décide d’apprendre la mécanique mais continua de jouer de ma flute. Et après ça je suis une formation au centre de formation et de promotion musicale (CFPM) de Niamey ou j’ai joué avec leur orchestre. Par la suite j’ai créé Mamar Kassey le 22 Novembre 1995 avec Abdoulaye Alhassane.

2-Donc Mamar Kassey, c’est le nom de votre groupe, pourquoi ce nom spécialement ?

MAMAR KASSEY étant à l’origine le nom d’un guerrier de l’ethnie Songhaï devenu un héros pour avoir pacifié les tensions entre les différentes ethnies locales (Touaregs, Haoussas, Gourmantchés, Kanouris, Toubous etc) et unifié l’empire songhaï et l’avoir étendu des rives du Niger. Cette unification permit la prospérité de son royaume désormais devenu imbattable. En choisissant ce nom j’ai voulu poursuivre le même but que mon ancêtre regrouper tout le monde pour un même but : produire une musique unique aux sonorités locales mais modernes et transcender toutes les barrières qu’il peut avoir dans notre société.

3-Comment êtes-vous arrivé à créer un tel groupe avec toutes ces personnes de cultures différentes?

Mamar Kassey a été créé en 1995 et je savais exactement ce que je voulais : un groupe qui ressemble au Niger, pittoresque et moderne ! J’étais dans l’orchestre national CFPM, mais je ne me retrouvais pas dedans. J’ai rencontré le chef d’orchestre qui était au centre de formation et de promotion musicale. Je lui ai dit que je voulais prendre une calebasse, une flûte, un kalangou (le tambour d’aisselle), ainsi que deux guitares, guitare basse et guitare solo. Ce que je sentais, c’était ça. Pour monter le groupe, on a alors choisi le guitariste Abdoulaye ALHASSANE, le joueur de n’goni Housseïni Namata CHIBAKOU, le joueur de calebasse Boubacar SOULAYMANE MAIGA, et le joueur de tama, Adamou DAOUDA, qui n’est plus. Depuis, le groupe a beaucoup évolué. Un jour on a reçu une invitation de la part du festival Nuits atypiques de Koudougou, au Burkina Faso, en 1997. En 1998, on est partis aux Nuits Atypiques de Langon ; après, on s’est retrouvés dans le studio d’Ali Farka TOURÉ, le studio Bogolan, pour enregistrer le premier disque de MAMAR KASSEY, qui a été réalisé par Camel ZEKRI. L’album (Denké-Denké) est sorti en 1999, on est retournés au Nuits atypiques de Langon, et on a fait 35 dates en Europe. Là, MAMAR KASSEY a décollé.


« La musique pour moi est un moyen de m’exprimer, donc je parle de tout. »

4-Dans vos différents clips, on vous voit jouer de la flute, que représente cet instrument pour vous ?

Je joue d’un autre instrument le Kamélé ngoni qui est d’origine mandingue mais la flute, c’est mon identité. Tu sais, à la base c’était un os, un os ramassé dans le désert par un berger qui souffla dedans et ça a produit un son magnifique. Et de par mes origines peules et berger, j’y joue naturellement. La flute est ce qui tient compagnie quand j’amène mes vaches en pâturage. Le diapason normal est de 440 mais moi je suis allé jusqu’à 443  car la normal étant trop basse pour moi.

 5-qu’est-ce qu’il y a un sujet que vous n’abordez pas dans vos chansons ?

La musique pour moi est un moyen de m’exprimer, donc je parle de tout.

De moi, de mon entourage, de ma société. Les maux de cette dernière sont mes maux, donc je mets un point d’honneur à en parler, pourquoi pas aider à le palier par le moyen de ma voix. Mais je ne mélange pas politique à mes chansons. Si aujourd’hui je veux chanter pour un homme politique je le fais en tant que Yacouba Moumouni et donc je n’associe pas Mamar Kassey à mes aspirations politiques.

6-Un programme pour le groupe ?

Récemment nous étions à Tillabéry pour l’inauguration du barrage de kandadji et ce soir nous sommes invités à un diner de galas au niveau de l’hôtel Ronier Doumes.

Pour le reste nous verrons bien.

7-Quelque chose à ajouter ?

Je voudrais lancer à appel à la jeune génération, de revenir aux sources.

Valoriser nos cultures, ces mêmes cultures qu’on a tendance à oublier au profit d’une culture occidentale. Ou que vous allez, partez avec votre culture et levez la bien haut. La musique nigérienne doit être unique, il faut attiser la curiosité sur les instruments qu’on utilise*.

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